Mais quand François Asselineau va-t-il cesser de tirer contre son camp?

Publié le par Tythan

Je suis déjà revenu sur le cas de François Asselineau et de son mouvement l'Union Populaire Républicaine. Ce parti développe une europhobie virulente sur un fond complotiste quand il ne reconstruit pas carrément l'histoire. Si j'ai bien sûr des points d'accord avec l'UPR, à mon sens, ce parti, par ses excès, décrédibilise plus qu'autre chose la critique de la construction européenne et joue une action de division néfaste.

Mais ce qui me dérange le plus, c'est que François Asselineau, dernier arrivé dans la galaxie de l'euroscepticisme, semble n'avoir rien trouvé de mieux pour exister que de chercher des noises aux autres souverainistes, en premier lieu desquels Nicolas Dupont-Aignan. Il a ainsi commis un article ridicule de fatuité et de bêtise accusant Nicolas Dupont-Aignan de plagiat, pour avoir repris l'expression de « syndic » en parlant de la commission européenne, expression dont il s'attribue la paternité.

Ridicule de fatuité parce qu'on ne dépose pas de brevets sur les métaphores et qu'on aurait plutôt attendu d'un homme politique qu'il se réjouisse, si vraiment il en avait été l'auteur, que d'autres reprennent l'une de ses formules, ce qui aurait été un signe évident de son influence.

Mais surtout ridicule de bêtise puisqu'en réalité il est totalement faux que Nicolas Dupont-Aignan l'ait jamais plagié. En effet, moi, surdoué de l'internet, j'ai eu l'idée géniale de taper sur le site d'un moteur de recherche américain connu des seuls initiés dont la première lettre commence par g, l'expression "Dupont-Aignan et syndic". Et là, après quelques recherches*, on tombe sur une page d'un site aussi peu fiable que celui de l'Assemblée Nationale, qui renvoie vers une séance de questions au gouvernement datée du 15 janvier 2008 portant sur la ratification du traité de Lisbonne, où l'on peut notamment voir l'intervention suivante :

« Ce traité n'est pas, comme certains l'affirment pour esquiver le débat, un simple règlement de copropriété amélioré, qui porterait sur la couleur des volets ou le nombre de bacs pour le tri sélectif. Non, il s'agit d'une modification en profondeur de notre Constitution (…), pour pouvoir ensuite adopter un traité européen qui déshabille notre souveraineté et donc démantèle notre démocratie. Pour en rester à la métaphore de l'habitat collectif, c'est un peu comme si l'assemblée générale des copropriétaires, outrepassant son mandat, confiait les pleins pouvoirs au syndic, l'autorisant désormais à s’occuper de la vie des locataires et des copropriétaires ».

Les lecteurs les plus perspicaces l'auront sans doute deviné, mais l'auteur de cette question incisive en janvier 2008 que je vous encourage à lire en intégralité tant elle est intéressante, n'est autre que Nicolas Dupont-Aignan, celui que François Asselineau, le 30 novembre 2012, avait accusé de plagiat…

Dès lors, la lecture de l'article lourdingue de François Asselineau pompeusement intitulé « Superbe et nouveau plagiat de M. Dupont-Aignan » devient franchement surréaliste : pas plus dans cette affaire que dans une autre, Nicolas Dupont-Aignan n'a plagié François Asselineau et si on se place du strict point de vue temporel, ce serait plutôt même l'inverse.

Mais quand bien même on met de côté cette question pour le moins gênante pour François Asselineau, sur le fond, il apparaît clairement qu'il se trompe complètement. En effet, dans son registre complotiste habituel, François Asselineau accuse Nicolas Dupont-Aignan de le plagier en dénaturant sciemment son message et de ne pas révéler la totalité de l'incroyable révélation annoncée au monde par le leader minimo de l'UPR : Nicolas Dupont-Aignan s'arrêterait à la métaphore du syndic (commission européenne) sans reprendre l'idée de François Asselineau du syndic extérieur que seraient les Etats-Unis, qui manipuleraient la commission. Il lui reproche également de ne pas expliquer en quoi la copropriété européenne serait un « système autobloquant » par principe, expression aussi obscure que confuse.

Or, sans même parler du fait que l'implication des Etats-Unis dans la commission européenne est largement fantasmée (ce qui bien sûr ne veut pas dire que les Etats-Unis n'exercent aucune influence ni pression), l'image de la copropriété colle en fait bien plus à l'idée européenne défendue par Nicolas Dupont-Aignan qu'à celle de François Asselineau.

En effet, François Asselineau défend la sortie unilatérale, immédiate et inconditionnelle de l'Union Européenne par la France, en utilisant l'article 50 du Traité de l'Union Européenne (ce qui est une escroquerie, puisque l'article 50 impose au contraire à l'Etat retrayant de négocier sa sortie pendant un délai pouvant aller jusqu'à 2 ans et n'est donc ni unilatérale, ni immédiate ni inconditionnelle). Sauf que si on applique cette théorie à celle de la copropriété, cela ne fonctionne pas : tous les étudiants en droit immobilier savent bien qu'il est impossible, pour un copropriétaire (un Etat) de sortir d'un immeuble en copropriété (l'Europe)** : quelque part, c'est logique, on ne peut pas permettre à un copropriétaire de s'exonérer des charges communes qui sont imposées par la nature même de la construction. En revanche, ce qui est facilement réalisable, c'est de changer de syndic (la Commission), étant précisé qu'il est même possible de changer de système en passant d'un syndic de professionnels (les bureaucrates européens hors sol) à un syndic de bénévoles composés par les copropriétaires eux-mêmes : soit exactement ce que propose Nicolas Dupont-Aignan***.

L'image de la copropriété, à laquelle il ne faut pas faire dire plus que ce qu'elle signifie et qui n'emporte, en soi, aucune conclusion définitive, s'applique donc en fait bien mieux aux idées de Debout La France qu'à celles de l'Union Populaire Républicaine, et François Asselineau s'est donc trompé doublement en en contestant la paternité.

Cet article avait été initialement publié début décembre 2012, peu après l'article imbécile de François Asselineau. Je l'ai légèrement modifié pour m'adapter à l'actualité (2015) et j'ai également corrigé quelques liens défectueux. Je n'ai malheureusement pas conservé les commentaires de l'époque de certains militants zélés de l'UPR dont j'avais publié un exemple représentatif : certains soutenaient en effet que François Asselineau, qui a créé l'UPR en 2007, employait dès cet époque l'expression de syndic de copropriété et donc qu'il était "évident" que le plagiat était avéré...

* Au moment où j'ai rédigé mon article, cette page apparaissait dans la deuxième page de google, entre les 11ème et 20ème résultats donc. Ce n'est plus vrai aujourd'hui et j'ai retrouvé l'article en utilisant le moteur de recherche du site de l'assemblée nationale. Suite aux bêlements des défenseurs fanatiques de François Asselineau prétendant que ce dernier aurait inventé cette formule dès 2007 (sans évidemment le prouver), j'avais également à l'époque trouvé un article vers un site d'un quotidien plus ancien, que j'ai perdu et que je ne retrouve malheureusement plus, il me semble Le Parisien qui datait lui aussi de 2007, ce qui avait permis aux fanatiques précités de continuer d'affirmer que le plagiat était avéré.

** La sortie d'une copropriété est en fait possible dans les rares cas où la division des sols peut être réalisée entre les lots et qu'il n'existe aucune partie commune. Il s'agit en fait des copropriétés dites « horizontales », qui concernent surtout certains lotissements et des biens reçus en héritages et laissés en copropriété (et non pas en indivision) entre les héritiers.

*** Le lien originel vers le site de campagne pour les européennes de Debout la République, ancien nom de Debout la France, ne fonctionne plus, et j'ai donc renvoyé le lecteur vers un article de la même époque qui fonctionne.

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K
Si vous avez effectivement lu l'article de FA, vous avez vu que "Le président de l'UPR présente depuis 5 ans cette image de la copropriété et du syndic". Donc vous avez remarqué que 2012 - 5 ans = ...? Cad que.... ? Bref, comment pouvez écrire des articles sur du vent ? Et pourquoi il n'y a aucun commentaires sur votre blog ?
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T
Très franchement, j'espérais que ce type de commentaires, typique de la foi aveuglante que certains militants de l'UPR placent dans la parole de François Asselineau, arrivent. J'ai malheureusement perdu tous les commentaires de mon ancien blogue, et certains étaient particulièrement gratinés, m'insultant en hurlant que le plagiat était avéré alors que j'ai démontré qu'il était totalement faux. Il y en avait quatre-cinq comme ça, et j'en avais publié l'un des plus marrants.

Il n'y a quasiment aucun commentaire sur mon blogue tout simplement parce que je viens d'en redémarrer un nouveau, avec une nouvelle adresse et que mon blog n'est pas encore très connu ni très visité, bien que les chiffres ne soient pas si mauvais. Je modère a priori.

On va reprendre de la manière la plus sérieuse possible ton commentaire en évitant de se moquer. Mais enfin, il faut quand même que tu comprennes que l'important n'est pas de savoir si l'origine de l'expression appartient à un tel ou à un tel (on ne dépose pas de brevets dessus). L'important, c'est le fond, et j'ai montré que l'analogie avec le syndic correspond plus exactement aux thèses de DLF (anciennement DLR) que celles de l'UPR. C'est ça qui est important, et d'ailleurs si vraiment il y avait eu un plagiat, F Asselineau aurait dû au contraire se réjouir de son influence.

Mais puisque tu veux pinailler, pinaillons.

L'article de l'UPR date du 30 novembre 2012, et il indique que François Asselineau emploierait l'expression de syndic pour parler de la commission depuis 5 ans, soit le 30 novembre 2007. Il est vrai que la preuve que j'ai apporté date de janvier 2008, soit un mois et demi après la date revendiquée par F Asselineau (à supposer que ce soit 5 ans exactement).

Pour être très franc avec toi, au moment où j'ai rédigé l'article, j'avais trouvé une interview de Nicolas Dupont-Aignan dans un journal, il me semble que c'était le Parisien, datant de 2007 où l'analogie était reprise. Malheureusement, quand j'ai sauvegardé mon article, tous les liens se sont perdus et je ne le retrouve plus dans les 10 premières pages de résultats google que j'ai consulté. C'est vraiment dommage que je ne le retrouve pas, ça aurait au moins définitivement convaincu les défenseurs acharnés de François Asselineau qui se raccrochent à cette baudruche (encore que, il y en a qui auraient encore pinaillé en disant que le délai de 5 ans n'était pas à prendre au pied de la lettre).

Ceci étant dit, il faut regarder les faits. Et malheureusement pour l'UPR, le lien qu'elle donne vers la conférence en question, "Qui gouverne la France et l'Europe" date de 2013, l'UPR affirmant que la conférence aurait été enregistrée le 27 avril 2012. Soit quatre ans après que NDA ait prononcé le mot de syndic de façon certaine. Sur Youtube, j'ai pu visionner un extrait de la conférence en cause, mais où sauf erreur de ma part, il n'est pas fait mention du mot syndic (https://www.youtube.com/watch?v=tbXc8aQytSs). Cette conférence a semble-t-il eu lieu en 2010. Soit toujours après NDA.

En bref, après bien des recherches, je n'ai pu trouver aucune preuve attestant de l'emploi, avant 2012 (aller, disons 2010, en supposant qu'il l'a employé lors de la conférence de 2010 dans un autre extrait dont nous ne disposons pas), de l'usage par l'UPR de l'analogie du syndic de copropriété s'agissant de la commission et des Etats-Unis.

Il faut se rappeler ce qu'était l'UPR en 2007 : une cabine téléphonique où se retrouvait quelques déçus du R.I.F. dont François Asselineau avait claqué la porte pour incompatibilité d'humeur avec Paul-Marie Couteaux. Honnêtement, je pense que les adhérents étaient moins d'une centaine, dont certains se sont fait d'ailleurs rapidement exclure comme Jean Robin. Aucune des conférences alors complètement confidentielles n'étaient, à ma connaissance, disponibles sur internet si tant est qu'il y en ait bien eu, que ce soit sur Youtube ou ailleurs. L'essor de l'UPR date de 2009-2010, et non avant.

A supposer donc que François Asselineau ait donc prononcé en 2007 l'analogie qui nous importe ici, comment Nicolas Dupont-Aignan en aurait-il eu connaissance?

L'attaque de plagiat n'est pas avérée, c'est tout ce que je dis.
K
"Sauf que si on applique cette théorie à celle de la copropriété, cela ne fonctionne pas : tous les étudiants en droit immobilier savent bien qu'il est impossible, pour un copropriétaire (un Etat) de sortir d'un immeuble en copropriété (l'Europe)**. En revanche, ce qui est facilement réalisable, c'est de changer de syndic (la Commission)" Lol.
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T
Facilement était peut-être un adjectif en trop. Mais il s'appliquait bien sûr au droit immobilier et non pas à la situation européenne. Pour plus de clarté, je prends en compte votre remarque et modifie le texte.