Nouvelles attaques de François Asselineau à l'encontre de Nicolas Dupont-Aignan

Publié le par Tythan

Montage de l'UPR sur un portrait de

Il arrive que des militants de l'UPR contestent l'acharnement de leur parti que je décris à l'encontre de Debout la France et de Nicolas Dupont-Aignan. Là, ils vont quand même avoir du mal à biaiser devant l'évidence : sur la page facebook de François Asselineau, deux articles viennent coup sur coup* d'être consacrés à Nicolas Dupont-Aignan, dans des termes toujours aussi outranciers que ridicules.

Le premier article, sobrement intitulé "Encore et toujours le leurre souverainiste - Dupont-Aignan, le 7 juin 2016, prouve une nouvelle fois qu'il enfume les Français et roule pour l'oligarchie", est une énième recension des arguments employés à l'encontre de Nicolas Dupont-Aignan.

Rien que le titre est déjà complètement idiot, insultant et diffamatoire. François Asselineau est tellement imbu de lui-même qu'il ne peut pas supporter qu'un souverainiste défende la nation et lutte contre l'européisme sans adopter ses théories délirantes qu'il en suppose forcément que cet homme fait partie d'un vaste complot visant à le discréditer.

Ce type d'accusations me révolte au plus haut point. Nicolas Dupont-Aignan a très certainement beaucoup de défauts (et personnellement, je lui en trouve beaucoup), mais on ne peut pas lui dénier une chose : c'est un homme de convictions qui a, pendant toute sa carrière politique, montré un certain courage pour ne pas dire un courage certain, reconnu par à peu près tous (que ce soit des concurrents, des adversaires politiques ou des observateurs). Sans rien en révéler, sa vie personnelle rend très douteux qu'il puisse trahir qui que ce soit en échange de je ne sais quoi : on ne lui connaît pas de résidence secondaire somptuaire, de yatch ostentatoire ou de voiture luxueuse. Son train de vie est assuré par son mandat d'élu local où il connaît une réussite reconnue par tous, et la politique nationale ne lui rapporte pas grand chose.

Pour ma part, je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas apprécier Nicolas Dupont-Aignan : c'est un homme politique qui propose des choix par nature clivants, il serait étonnant et même suspect qu'il plaise à tout le monde. Je peux également comprendre que François Asselineau, qui à l'évidence voudrait le concurrencer sur son créneau politique (le souverainisme non-extrémiste), éprouve de la jalousie à son encontre. Je peux même, tout en le déplorant, admettre qu'il puisse se tromper d'ennemi en l'attaquant, y compris sur des arguments plus ou moins fallacieux.

Mais pas de cette manière déshonorante. Ces propos complotistes et insultants sont une honte, il faut le dire haut et fort et j'espère qu'enfin, au sein de l'Union Populaire Républicaine, des esprits un peu plus éclairés vont hausser le ton et faire comprendre à François Asselineau que non seulement il se trompe d'ennemi, mais que ces attaques diffamatoires et outrancières minent sa crédibilité, le faisant passer pour un aigri jaloux du succès d'autrui. L'attitude de François Asselineau est d'autant plus odieuse que les succès au niveau national de Nicolas Dupont-Aignan restent très relatifs et fragiles.

La vieille lune conspirationniste des "young leader"

François Asselineau fait référence à la pathétique théorie des "young leader" initiée par une personne aussi peu crédible que l'inénarrable Pierre Hillard (complotiste bien connu que François Asselineau décrit lui-même comme un mystique irrationnel) et reprise par les joyeux drilles que sont Salim Laibi (dentiste marseillais sans culture qui s'auto-proclame "lelibrepenseur" ou LLP, ex-compagnon de route d'Alain Soral), et Thierry Meyssan.

Les "Young Leader" ne sont rien d'autre en fait que des personnes choisies en raison de l’excellence de leurs parcours et la qualité de leur potentiel, conviées à participer à deux cycles de conférence de quelques jours sur un an, l'un en France et l'autre aux Etats-Unis, autour de thèmes politiques et stratégiques ayant trait à la France, aux Etat-Unis et à leurs relations. Selon l'analyse complotiste qu'en font Pierre Hillard et ses sbires, les organisateurs seraient en réalité contrôlés par les services secrets américains qui approcheraient via ces conférences des dirigeants français qui, à compter de ce moment, feraient partie du vaste complot américain visant à contrôler la France.

Cette théorie est bien évidemment complètement absurde puisqu'il est évident que si vraiment les Américains contrôlaient la carrière de Français qui seraient en réalité des agents secrets à leur solde, il est difficile d'admettre qu'ils soient suffisamment stupides pour en rendre publique la liste. De même, on voit mal comment il serait possible de convaincre un si grand nombre de personnes en si peu de temps de, excusez-moi du peu, trahir leur pays. Ou peut également relever que la plupart des participants sont des hommes certes jeunes mais déjà arrivés dans la vie (ainsi, Nicolas Dupont-Aignan était député-maire au moment de sa participation), ce qui contredit la thèse simpliste de jeunes loups ambitieux auxquels les Américains mettraient le pied à l'étrier. Enfin, le parcours de beaucoup des personnalités invitées fait qu'il est difficile d'admettre qu'ils soient des agents américains. Ont notamment participé au programme rien moins que François Hollande, Alain Juppé, François Léotard, Pierre Moscovici, Valérie Pécresse, Jacques Toubon, Mattias Fekl, Alain Richard, Marisol Tourraine, Najat Vallaud-Belkacem... Si on peut admettre qu'il est possible que l'une de ses personnalités ait trahi son pays, toutes, cela fait quand même beaucoup! S'agissant de Nicolas Dupont-Aignan, la théorie est complètement illogique puisque Nicolas Dupont-Aignan était alors très loin du pouvoir et n'a pas plus en 2016 qu'en 2001 (et même probablement encore moins), beaucoup de chances d'y accéder un jour. Il défend de surcroît des thèses opposées aux intérêts américains, s'exprimant notamment contre le TAFTA ou l'intégration de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN. Bref, par tout bout qu'on la prenne, cette théorie ne tient pas la route.

Je précise enfin que, contrairement à ce qui a été prétendu par Pierre Hillard (et ce qui révèle au fond sa méconnaissance de ce qu'est la french american foundation), il a été prouvé que Nicolas Dupont-Aignan n'a jamais été membre de cette association, n'ayant participé en tout et pour tout qu'à une seule de ses manifestations, en tant qu'auditeur (d'ailleurs, il n'a pas participé à la 2ème conférence prévue en France et nécessaire, en théorie, pour que le titre de young leader soit décerné. Je crois que ça démontre le peu d'implication de Nicolas Dupont-Aignan).

Toute la supercherie est en fait révélée dans les propos de Pierre Hillard lui-même. Dans son article initial (publié le 17 avril 2007, mais j'ai l'impression qu'il a été publié avant ailleurs), il indique ainsi, en parlant des personnalités visées : "Pour éviter toute conclusion hâtive, soulignons que les personnes approchées par la Fondation et qui ont accepté de la fréquenter n’ont pas pour autant accepté les offres de services qui leur ont été ultérieurement présentées". Mais au cours d'un entretien* accordé à peu près à la même époque (le 7 avril), Pierre Hillard change complètement de braquet et explique carrément : "Le cas de Nicolas Dupont-Aignan est intéressant. Officiellement, ce monsieur défend avec passion la souveraineté française mâtinée de gaullisme. En fait, c’est un leurre. Son appartenance à la FAF, depuis 2001, le prouve". Les lecteurs perspicaces l'auront compris : l'hypocrisie de Pierre Hillard ne fait aucun doute, il affirme tout et son contraire et ne se révèle pas fiable.

Comment expliquer alors que cette théorie foireuse ait pu connaître un tel succès? Sa force, c'est en fait de s'appuyer sur un élément factuel avéré et facilement vérifiable : Nicolas Dupont-Aignan, comme beaucoup d'autres, a bien participé à la conférence organisée par la French American Foundation et s'est vu décerné par cette association le titre, qui au départ se voulait honorifique, de "young leader". C'est tout le reste, les prétendues "offres de services" et la soi-disante trahison, qui sont complètement délirants et ne se basent sur aucune preuve. Se fondant sur cette seule page internet de la French American Foundation, de nombreux internautes, il faut bien l'avouer n'ayant pas tous le recul critique ni l'éducation leur permettant de faire la part des choses, ont condamné Nicolas Dupont-Aignan sans réfléchir plus avant. Autre élément qui explique le succès de cette théorie, c'est que cette polémique a été artificiellement mis en musique par les opposants de Nicolas Dupont-Aignan, en premier lieu desquels l'extrême-droite, mais également François Asselineau donc, on en voit ici l'exemple.

Je n'en dis pas plus pour démontrer l'inanité de cette théorie pour me pencher un peu plus sur le cas de François Asselineau. Il est évident pour moi que François Asselineau, qui est un homme intelligent, n'accorde aucun crédit à ces billevesées. Alors pourquoi l'évoque-t-il? Pour moi, c'est parce qu'il sait que cela va mobiliser sa base et que cette théorie, pour débile qu'elle soit, percute chez beaucoup de ses adhérents, particulièrement ceux peu éduqués.

Dans les faits, il est évident que François Asselineau n'a que peu de différences avec Nicolas Dupont-Aignan, visant le même créneau politique du souverainisme non-extrémiste (et, même si les deux intéressés s'en défendent, je situe cet étroit créneau à droite du champ politique). Cette théorie des young leader participe à l'écran de fumée lancé par François Asselineau pour se différencier de Nicolas Dupont-Aignan. Mais fondamentalement, François Asselineau pourra continuer de cracher des calomnies toutes plus abjectes que les autres, vitupérer sa haine à l'égard de Nicolas Dupont-Aignan de plus belle qu'il ne changera rien à ce point : Nicolas Dupont-Aignan occupe le créneau politique qu'il vise et il y est, pour l'heure et à moyen terme, beaucoup plus puissant que lui.

J'ai longtemps cru que le raisonnement tenu par François Asselineau n'était que provisoire, motivé par la tendance complotiste qui a été l'un des principaux vecteurs du développement initial de l'Union Populaire Républicaine. Je pensais que ce type de propos, à court terme mobilisateurs, seraient en fin de compte mis sous le boisseau au fur et à mesure du développement de l'UPR. Je n'en suis plus si sûr maintenant, mais peut-être ai-je toujours raison et qu'en fait je surestime le développement de l'UPR?

Un autre aspect qui m'interpelle, c'est le fait que cette théorie raisonne avec l'extrême droite. La chasse au traître à la nation en est typique. D'ailleurs, en dehors des sites traditionnels du complotisme (Voltaire.net) cette théorie a prospéré principalement sur les médias extrémistes (Nationspresse-info, le salon beige etc.). Pour moi, c'est clairement une erreur de François Asselineau qui pourtant passe son temps à se contorsionner pour éviter d'être taxé d'extrême droite et réfute le qualificatif de complotiste.

Critique de la position de Nicolas Dupont-Aignan sur la refondation de l'Europe

Dans la suite de l'article, François Asselineau oppose une nouvelle fois l'obstacle de l'unanimité face à la prétention de Nicolas Dupont-Aignan de réformer en profondeur les institutions européennes.

Cet argument, on l'entend souvent (il est bien entendu faux), martelé à de nombreuses reprises par François Asselineau, notamment ici (à partir de 4 min 40). Si vous souhaitez vous faire votre idée par vous même, je vous invite à visionner cette vidéo ou à lire ce bref extrait qui se trouve dans cet article (qui continue ensuite, mais cet extrait suffit pour les besoins de la démonstration) :

"Si l’on postule – pour simplifier – que, la probabilité que les électeurs élisent une majorité de gauche social-démocrate est de 50% dans chaque État de l’UE (et qu’elle est de 50% pour choisir une majorité de droite libérale), alors, la probabilité que les 28 États de l’Union européenne aient une politique unanime pour changer les traités européens dans un sens « de gauche social démocrate » est donc actuellement de (0,5) ^28 = 0, 375 x 10(puissance-8). Soit l’équivalent de 3 heures tous les 100.000 ans. Autant dire rien."

Je me propose donc dans le paragraphe suivant de vous expliquer pourquoi le raisonnement de François Asselineau est complètement fallacieux. Je vais même plus loin : la position de François Asselineau est un leurre européiste qui vise à vous résigner, à vous faire gober cette fausse alternative que constitue sortie de l'Union Européenne face au maintien du statu quo.

Le leurre de l'impossibilité prétendument mathématique de refonder la construction européenne

Si on regarde la vidéo, on remarque que François Asselineau prétend que ce raisonnement mathématique aurait été validée par des étudiants de l'école polytechnique au cours d'une conférence qu'il a délivré. On rappelle que François Asselineau avait effectivement donné une conférence à l'école polytechnique, ce dont il n'était à l'époque pas peu fier. Mais la caution qu'il se donne est en fait totalement inventée puisqu'en réalité, presqu'aucun étudiant de Polytechnique n'a assisté à sa conférence, ce que François Asselineau avait d'ailleurs lui-même reconnu, en expliquant que : "les étudiants de Polytechnique ont été peu nombreux : une vingtaine tout au plus, soit 1/5e seulement de l'assistance". Il y a fort à parier que lorsqu'il a exposé sa théorie, aucun étudiant de l'école polytechnique n'ait réagi!

Pourquoi la théorie de François Asselineau est-elle fausse? Son calcul (j'avoue ne même pas l'avoir vérifié) a l'air pourtant juste. C'est parce qu'en fait, le calcul fait n'a strictement rien à voir avec la réalité. Ce que calcule François Asselineau, c'est la probabilité que l'ensemble des gouvernements soient du même bord politique. Cette probabilité est évidemment très faible, il n'y a pas de doute là dessus, mais elle ne prouve rien.

L'erreur que commet François Asselineau, c'est d'assimiler la possibilité de refonder une nouvelle union européenne à la convergence politique des différents pays la composant. Or, cela n'a rien à voir. Pour preuve, l'UE existe depuis plus d'un demi-siècle, a adopté plusieurs traités fondateurs différents et les a à plusieurs reprises modifiés, alors que les majorités politiques les composant étaient très différentes. Pour prendre un exemple, au moment des négociations et de l'adoption du traité de Rome en 1957, la France était gouvernée par le socialiste Guy Mollet tout comme la Belgique par Achille van Acker (je dois avouer, je ne le connaissais pas) ainsi que les Pays-Bas par le travailliste Willem Drees (idem), l'Allemagne par le démocrate-chrétien Konrad Adeneuer et l'Italie par un autre démocrate-chrétien, Antonio Segni. Je ne crois pas me tromper en disant qu'à aucun moment dans son histoire les pays européens composant les différentes Communauté Européennes ou l'Union Européenne n'ont eu des dirigeants de bords politiques similaires (puisqu'il est très difficile en fait d'établir des assimilations dans la politique de chacun des différents Etats).

Ce que souhaite Nicolas Dupont-Aignan, tout comme d'ailleurs je pense le Front National, c'est non pas de faire de la construction européenne un nouvel instrument au service de leurs idées politiques, mais simplement un outil permettant la coopération dans certains domaines tout en empiétant le moins possible sur la souveraineté de chacune des nations. Pour le dire autrement et brièvement, François Asselineau confond la politique avec le cadre permettant que cette politique soit menée.

Une UE libérale?

Cette confusion n'est, il faut le reconnaître, pas non plus si évidente que cela. On connaît bien l'argument sous-jacent, selon lequel l'UE serait intrinsèquement libérale, gravant dans le marbre des traités des politiques résolument libérale. J'entends cet argument, qui correspond à une certaine réalité.

Malheureusement, ce billet n'est pas celui qui traitera de manière satisfaisante ce vaste sujet qui reste l'une des principales controverses affectant la construction européenne. Je peux néanmoins tracer quelques lignes et tenter de nuancer cet argument, en disant qu'il est exagéré de voir dans les traités UE des instruments ultra-libéraux. Pour moi, le problème n'est pas tant dans les traités, dont la rédaction manque parfois de clarté, mais surtout dans leur interprétation.

La première remarque à faire sur ce sujet, c'est qu'il ne faut pas s'étonner que les traités aient une connotation "libérale" économiquement puisque leur objet est de créer un marché commun et ouvert entre les membres. Pour autant, et si effectivement les traités sont "libéraux", les dépeindre comme "ultra-libéraux" n'a pas vraiment de sens puisque la plupart de ses dispositions sont strictement encadrées et prévoient non seulement des limites, mais aussi que ces libertés soient suspendues. Pour prendre un exemple, la législation visant les aides d'entreprises accordées par les Etat (qui visent à soutenir une entreprise ou une filière en difficulté ou bien certains dispositifs fiscaux) est certes restrictive (afin d'éviter des pratiques de dumping), mais elle n'est pas sans exceptions et dans les faits, plus de 90% des dossiers d'aides d'Etat soumis à la commission européenne sont validés sans réserves, ce qui quand même invite à relativiser les accusations d'ultralibéralisme... Autre exemple qui montre bien que les traités ne sont pas si libéraux que cela, ou plutôt que leur prétendu libéralisme est utilisé comme prétexte par les hommes politiques pour se dédouaner de leur responsabilité, c'est celui d'Alstom : en 2004, Nicolas Sarkozy (enfin, pas vraiment lui, mais c'est lui qui a tiré les marrons du feu), conscient de l'importance stratégique de cette entreprise, a décidé de la sauver malgré l'hostilité de la commission européenne (dont les exigences ne seront pas pour rien dans les difficultés ultérieures de l'entreprise : il aurait fallu les refuser) tandis qu'en 2014 c'est sur ce même fondement qu'on a acté le renoncement et le dépeçage catastrophique pour notre pays de ce fleuron industriel résultat direct d'un odieux chantage américain. La commission s'est même payé le luxe de faire le nez devant cette fusion qu'elle avait pourtant largement favorisé.

Deuxième remarque et plus largement, sur ce sujet, j'ai vraiment l'impression que l'on joue avec les ambiguïtés du terme "libéralisme". Politiquement, il est un fait que l'ensemble des pays européens sont des pays libéraux, instituant notamment la liberté politique, la liberté d'expression, etc. C'est économiquement qu'il y a plus d’ambiguïtés : si tout le monde est d'accord pour reconnaître la propriété privée, l'entreprise qui ne font pas de débat au sein de nos sociétés, en revanche, certaines questions restent en suspens, comme par exemple certains services publics à caractère marchand (le transport d'électricité, ferroviaire pour n'en prendre que quelques exemples), ou bien encore la liberté de mouvements des capitaux.

L'obstacle de l'unanimité

L'article 48 du Traité sur l'Union Européenne impose effectivement que l'ensemble des Etats membres adoptent une révision des Traités, ce qui, aux yeux des néophytes, paraît une difficulté insurmontable, Pour autant, cette difficulté n'est qu'apparente. Alors que l'architecture institutionnelle de l'UE est notoirement une construction bancale, comment expliquer qu'elle ait pu être adoptée?

Tout simplement parce que les membres de l'UE adoptent en fait des compromis, après des négociations plus ou moins longues (et en général, elles le sont). Si chaque pays voulait imposer absolument son texte, alors effectivement, le calcul de François Asselineau s'appliquerait et il serait impossible de tomber d'accord. Heureusement, chaque pays est prêt à faire des compromis, et donc à céder sur certains points, jugés accessoires, pour tenir bon sur d'autres. Tout le problème est bien entendu de savoir ce qui est fondamental et constitue une ligne rouge chez les uns et les autres.

Je pense, avec d'autres, mais bien entendu je comprends qu'on puisse ne pas partager mon avis, qu'il n'est pas impossible que l'on réussisse à convaincre l'ensemble des pays européens qui comptent à refonder une nouvelle Union Européenne sur la base de ce que propose Nicolas Dupont-Aignan parce que justement ce que nous proposons ne définit pas de politiques mais donne simplement un cadre pour permettre d'exercer des politiques communes dont tout sera fait pour qu'elles ne gênent pas ou le moins possible la souveraineté des différents Etats membres.

Pour dire les choses autrement, François Asselineau a raison de dire que Jean-Luc Mélenchon rêve lorsqu'il parle d'instituer une Europe sociale très à gauche, mais il a tort de critiquer Nicolas Dupont-Aignan qui lui n'a jamais voulu modifier que le cadre, laissant libre les pays européens d'instituer une politiques libérale, socialiste ou autre.

Les arguments qui font que la France pourrait être à l'origine d'une refondation européenne

Certes, la France n'est qu'un pays parmi d'autres de l'Union Européenne. Pour autant, peut-on, avant même d'avoir essayé, renoncer à toute idée de coopération européenne institutionnalisée**?

Prenons l'hypothèse hautement farfelue selon laquelle Nicolas Dupont-Aignan, après avoir rassemblé les souverainistes, était élu président de la République et obtenait la majorité des voix au parlement. De quels atouts bénéficierait-il pour faire adopter un nouveau projet européen et le traité cadre qui va avec?

Le premier d'entre eux, c'est évidemment la cohérence du projet, par comparaison avec le projet fou qui va dans le mur de la construction européenne actuelle.

Deuxième argument, je ne m'étends pas plus parce que j'en ai déjà parlé, c'est que ce projet permet de libérer les nations en leur rendant leur souveraineté, et donc à même de plaire non seulement aux peuples européens, mais également à leurs dirigeants dépossédés de leurs pouvoirs par Bruxelles.

Troisième argument, c'est que la France, si elle n'est bien entendu pas seule, reste un acteur majeur de l'Europe : de par sa position géographique, son histoire, son importance économique, la France est à peu près incontournable à moins qu'elle ne décide de s'exclure toute seule (ce que pourrait réaliser une proposition sèche de sortie, sans refondation derrière, comme le propose François Asselineau).

Quatrième argument : le vent est favorable, partout en Europe, à l'euroscepticisme, qui gagne du terrain inexorablement. Debout La France est d'ailleurs puissant dans plusieurs pays : l'Ukip qui a été l'artisan majeur du Brexit, au Royaume-Uni, auquel Nicolas Dupont-Aignan tenterait de s'allier, l'Anel en Grèce qui est au pouvoir avec Syriza, l'Afd en Allemagne qui est très puissant ainsi que le mouvement 5 étoiles en Italie (étant précisé que personnellement, je reste très méfiant quant à ses mouvements qui sont assez nationalistes) : bref, DLF et la France ne seraient pas aussi isolés qu'on ne le dit.

La fausse opposition entre UPR et DLF

Quoiqu'il en soit, je comprends qu'on puisse ne pas partager mon analyse et qu'on pense sincèrement qu'il soit impossible, d'une manière ou d'une autre, de refonder une nouvelle coopération européenne sur la base d'institutions renouvelées. Il n'y a aucun problème avec ça et je ne jetterai jamais la pierre aux militants de l'UPR qui sont sur cette ligne. Je vous indique néanmoins qu'en revanche, je suis quand même surpris que presque aucun militant de l'UPR n'ait l'ouverture d’esprit suffisante pour ne serait-ce qu'examiner mes arguments.

Il y en néanmoins un supplémentaire : si vraiment l'UPR est persuadé qu'il est impossible de refonder l'UE et qu'elle souhaite uniquement en sortir, qu'est-ce qui l'empêche de s'allier avec DLF, de nous laisser essayer cette refondation et, une fois la preuve faite que cette dernière est impossible, sortir de l'UE?

DLF a toujours dit que si l'UE n'était pas refondée, nous sortirions. La menace d'un Frexit, qui plus est après le Brexit, est l'un des aiguillons sur lequel je compterais!

DLF l'a toujours dit, même si effectivement nous n'insistons pas dessus (ce qui est normal, quand on a un plan A, on prétend ne pas envisager l'échec et il faut donc, autant que faire ce peut, éviter d'évoquer le plan B). Si les négociations échoue, DLF prônera le Frexit. C'est clair et net.

L'opposition entre UPR et DLF est donc artificielle.

L'appel à Jean-Jacques Bourdin

L'autre article concerne en fait le dépit de François Asselineau de ne pas être invité par Jean-Jacques Bourdin.

Je peux comprendre ce dépit, et la frustration qu'il génère chez François Asselineau. Ce que en revanche je comprends moins, c'est que François Asselineau s'attaque par ce biais à Nicolas Dupont-Aignan. Personnellement, je me réjouis à chaque fois qu'une personnalité eurosceptique est invitée à la télévision, et j'aurais trouvé beaucoup plus élégant et sans doute plus efficace que François Asselineau choisisse une autre cible que Nicolas Dupont-Aignan.

* J'ai rédigé la partie initiale de cet article juste après leur diffusion, mais j'ai malheureusement remis à plus tard la suite de l'article ce qui explique le délai de ma réaction. Sans avoir tout épluché des publications de l'UPR, il semble qu'ils se soient momentanément calmés dans le DLF-bashing. Je publie cet article initalement le 5 août bien qu'il ne soit pas terminé, notamment sur JJ Bourdin. Article complété le lundi 8 août, corrections à venir.

* Sous la vidéo postée par un sympathisant de l'UPR et sobrement intitulée : "Nicolas Dupont-Aignan - Un Young Leader de la FAF qui imite très mal François Asselineau".

** Ce n'est pas l'objet ici, mais je crois qu'une telle institutionnalisation est souhaitable. Sur quantité de sujets, coopérer avec les pays européens peut être bénéfique pour tous les pays : prenons l'exemple d'Arianespace, d'Airbus dans le domaine industriel, du CERN dans celui de la recherche, du programme Erasmus dans l'éducation, plus largement de l'adoption des normes-produits CE dans le monde, de l'établissement d'un marché commun entre pays de niveau de développement comparable, etc. Tout ces exemples montrent que les domaines où la coopération entre pays d'Europe pourrait être intéressante sont extrêmement variés et qu'il n'est pas inutile qu'il y ait une coordination.

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